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Pneu 100 % recyclé : Michelin boucle la boucle

Matériaux, outils de production, logistique, usage du pneumatique, recyclage, valorisation… le groupe tricolore a fait le point sur l'ensemble de ses travaux en faveur du développement durable. Si le pneu entièrement recyclé demandera encore un peu de patience, de probants résultats sont déjà perceptibles.


"Le pneu 100 % durable est un immense défi pour toutes les équipes du groupe", a souligné Florent Menegaux, le président du groupe Michelin. ©Michelin

Ladoux, temple de la R&D mondiale du groupe, était le lieu le plus approprié pour parler de développement durable. Le 25 novembre 2021, Michelin a convié la presse française et internationale en Auvergne pour parler de ce sujet éminemment stratégique. "Comme l’ensemble des acteurs de la mobilité, Michelin a le devoir d’agir pour répondre aux enjeux environnementaux qui sont les nôtres. Les entreprises, parce qu’elles sont en prise directe avec les aspirations des clients et de la société, sont du côté des solutions", a souligné le président Florent Menegaux en ouverture.

Le 100 % durable pour 2050

Tout au long de la journée, ses équipes se sont attachées à présenter non pas une vision globale du sujet mais bien une stratégie aux multiples facettes. Car la question du développement durable n'a rien d'unilatérale. Les problématiques soulevées sont nombreuses et ont permis, in fine, de boucler la boucle pour comprendre que le pneu 100 % recyclé n'a plus rien d'une utopie. Un gros effort de recherches et de développement est notamment enclenché pour mettre au point des matériaux durables. A date, les enveloppes de Bibendum en sont pourvus à hauteur de 28 %, part qui montera à 40 % en 2030 et 100 % en 2050.


Pour réussir ce tour de force, Michelin s'est rapproché de plusieurs spécialistes comme Pyrowave (transformation de polyester par micro-ondes), Enviro (pyrolyse permettant de décomposer et récupérer la vieille matière), Clarios (recyclage des déchets en PET) ou encore Bio Butterfly, projet développé avec IFP Energies Nouvelles et Axens, qui ambitionne de fabriquer à grande échelle du butadiène issu de matières durables. Les représentants de toutes ces entités ont pu présenter leurs travaux, avec pédagogie soulignons-le, qui contribuent à accélérer la démarche.


Michelin milite en faveur d'un seuil maximal pour les émissions de particules


Mais le développement durable ne se limitant pas aux matériaux, Michelin a également détaillé sa feuille de route pour réduire l'impact environnemental de ses usines (utilisation de solvant réduite à néant d'ici 2030, efficacité énergétique largement améliorée) et de sa logistique en valorisant les circuits-courts, en transportant mieux (chargements optimisés) et en soutenant des projets innovants comme ces cargos à voiles sur lesquels planche Neoline ou les véhicules à hydrogène défendus par Zero Emissions Valley.

L'usage du pneu s'avère en outre fondamental dans la thématique actuelle puisque son usure (résistance au roulement) représente à elle-seule 75 à 90 % de l'impact environnemental du pneumatique. Si Michelin a réussi à diviser par deux la résistance de ses enveloppes depuis 1992, plus globalement, du chemin reste à faire. Selon une étude menée par Dekra sur plus de 2 000 pneus, les résultats sont très disparates d'une référence à une autre. De quoi inciter le groupe à militer en faveur d'un seuil qui régulerait le marché et éliminerait les moins performants.


La question de la durabilité, encore et toujours


La problématique de l'usage est aussi intimement liée à celle de la durabilité. Trop de pneus sont encore changés avant la limite légale de gomme (1,6 mm). Le groupe s'en est souvent fait écho ces dernières années. En respectant cette limite, on économiserait 128 millions de pneus par an dans le monde tout en réalisant une économie de 6,6 millions de tonnes d'émissions de CO2. De quoi aller dans le sens de Michelin d'autant que cette question est la fois environnementale et sécuritaire, la performance dans la durée permettant de voir les bons et les moins bons élèves…

Dernier point évoqué, celui de la fin de vie et du recyclage. A l'échelle de l'Europe, 1,6 milliard de pneus sont collectés chaque année, soit 97 % de la production déclarée (et même plus de 100 % en France, signe que les organismes collecteurs récupèrent aussi des enveloppes passant au travers des radars). Un point positif qui fait du pneu une filière exemplaire d'autant que celle-ci sait utiliser sa vieille matière avec à la fois de la valorisation dans les matériaux et dans l'énergie. Ceci étant, moins de 1 % des déchets sont aujourd'hui réintroduits dans un nouveau processus de fabrication de pneus et c'est précisément l'enjeu des partenariats évoqués plus haut avec Pyrowave, Enviro et Clarios.


Alliance de raison avec Bridgestone


Pour aller encore plus loin, Michelin joue aujourd'hui la carte du collectif. Le projet BlackCycle, dont le clermontois est la figure de proue, regroupe des acteurs d'horizons variés (groupes industriels, organismes de recherche et de technologie, pôle d'innovation). Par ailleurs, le manufacturier a tout récemment annoncé son rapprochement avec son confrère et principal concurrent Bridgestone. Ensemble, les deux groupes lancent à un appel aux fournisseurs (Voir communiqué de presse Bridgestone-Michelin), chercheurs, startups ainsi qu'à leurs concurrents pour favoriser les recherches et l'utilisation à grande échelle du noir de carbone issu des montes en fin de vie.

"Michelin n'a pas inventé le pneu mais a été à la source de quasiment toutes les grandes innovations", a rappelé Florent Menegaux, et grâce à tous ses efforts le manufacturier entend préparer le futur et pérenniser sa place de leader. "Le pneu 100 % durable est un immense défi pour toutes les équipes du groupe […] C’est une illustration parfaite de la raison d’être de Michelin qui innove en permanence pour rendre la mobilité toujours plus sûre, plus accessible, plus efficiente et plus respectueuse de l’environnement", a-t-il conclu.

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